Aide Mémoire

Les « Psys »

Un Psychiatre

est un médecin, il s’occupe de diagnostiquer les pathologies mentales et est le seul à pouvoir prescrire des médicaments.

Un Psychanalyste

est un thérapeute qui propose à ses patients de pratiquer une cure analytique. La psychanalyse est le plus souvent apparentée à la philosophie Freudienne. Il n’est pas forcément psychiatre, ni psychologue.

Un Psychopathe

est un individu souffrant d’une pathologie mentale. Ce terme est en général utilisé pour les pathologies les plus lourdes relevant de traitements psychiatriques palliatifs.

Un Psychologue

est un thérapeute,il est expert en conduite d’entretien et pratique l’écoute active. Les patients verbalisent avec lui leur souffrance, il peut pratiquer la psychométrie et proposer des exercices thérapeutiques dans le but d’améliorer le bien-être au quotidien.

Un Psychologue Social

est un psychologue spécialisé dans l’étude des comportements individuels et groupaux, ainsi que leurs déterminants et leurs effets. Il se base sur la méthode expérimentale pour effectuer des expérience sur des populations échantillonnées et démontrer des biais cognitifs et des effets psychologiques, ou encore créer des échelles d’évaluation d’attitudes, d’émotions ou de comportements

La pensée du maître

« Laissons donc la raison aux philosophes, mais ne lui demandons pas trop d’intervenir dans le gouvernement des hommes. Ce n’est pas avec la raison, et c’est souvent malgré elle, que sont créés des sentiments tels que l’honneur, l’abnégation, la foi religieuse, l’amour de la gloire et de la patrie, qui ont été jusqu’ici les grands ressorts de toutes les civilisations »

G. Le Bon (1895). Psychologie des foules

Psychologie d’une Marque Employeur : le Paradoxe Google

psychologiedigitale

Tous les jeunes rêvent de bosser chez Google. Mais pour la firme comme pour nous, cela a des effets néfastes. Explications psychologiques.


Travailler chez Google, le rêve !

Google est une entreprise dans laquelle on aimerait travailler… Rares sont ceux qui contrediront cette affirmation.

Il faut dire que devenir l’un des 34311 googleurs (employés de Google) c’est bénéficier de privilèges qui feraient pâlir de jalousie un bon nombre de salariés français. J’en veux pour preuve cette liste (non exhaustive) des avantages que la firme de Mountain View propose à ses poulains :

  • 2000 vélos offerts aux employés de Google en Europe, Afrique et au Moyen-Orient
  • 1 journée par semaine est laissée à chaque employé pour développer ses propres idées
  • 14 restaurants biologiques et gratuits sont disponibles au siège de Google à Mountain View
  • environ 85.000 $ par an pour un programmeur
  • épargne-retraite
  • une piscine à courant, une crèche pour les enfants
  • très bonne mutuelle
  • 30 sortes de céréales pour le petit-déjeuner
  • au siège : repas livrés à domicile pour les employées en congé maternité
  • congés payés : 3 semaines (15 jours) dès la 1ère année, 4 semaines (20 jours) à partir de la 4ème année, 5 semaines (25 jours) à partir de la 6ème année
  • navettes gratuites avec WiFi entre le Googleplex et San Francisco
  • massages, laverie automatique, médecin et banquier sur place…
  • prime de cooptation de 2000$ (si le filleul reste au moins 60 jours chez Google)

(source)

Même les veuves des googleurs décédés sont semble-t-il  préservées du besoin par l’ex-employeur de leur défunt mari. 

psychologiegoogleplex Psychologie dune Marque Employeur : le Paradoxe Google

On a beau dire, ça fait beaucoup…

…Beaucoup de bonnes raisons pour nos jeunes étudiants français de rêver d’une embauche par le géant du web. Comme le montre le classement universum 2012, plus grande enquête jamais réalisée en France (31 062 étudiants répondants ; période novembre 2011 – février 2012). Google se positionne parmi les employeurs les plus attractifs pour les étudiants de l’hexagone :

  • 1ère place pour les universitaires des filières ingénieurs/IT.
  • 2nde place pour les étudiants des grandes écoles d’ingénieurs/IT ;
  • 4ème place pour les étudiants des grandes écoles de commerce/management ;
  • 5ème place pour les universitaires des filières commerce/management ;

Mais (parce qu’il y a un mais) il serait trop facile de se focaliser sur ces chiffres en oubliant la valeur subjective de ces envies déclarées d’appartenir au groupe restreint des heureux élus.

Explication : En lisant cette liste d’avantages, je me dis que la vie est belle chez Google. Mais aucune idée si c’est effectivement le cas. Je raisonne d’une façon qui m’a l’air rationnelle. Un rapport de cause à effet qui m’a l’air tout à fait viable. En bref, je réfléchis et tire une conclusion naïve sur un sujet que j’aurais du mal à vérifier, je construits en quelque sorte un stéréotype.

Mais de la même façon je peux produire d’autres raisonnements qui semblent tout aussi valables…

  1. Tout le monde veut travailler chez Google parce que tout le monde ne peut pas y travailler ;
  2. Tout le monde veut travailler chez Google car tout le monde se compare aux standards français qui ne sont (malheureusement) pas aussi avantageux dans la majorité des cas.

Bref, c’est de la comparaison sociale* quoi. Difficile de savoir si la vie d’un googleur est objectivement synonyme de bien-être au quotidien. On compare l’image que l’on a de notre situation de salarié à celle que l’on a de la situation des employés de Google. A la vue de la liste ci-dessus, on comprend le classement ci-dessus en dessous.

 

Se comparer aux googleurs : Quelle utilité psychologique ?

Parlons subjectif, parlons perception, parlons psychologie !

La psychologie est effectivement utile pour comprendre cette attirance quasi-universelle (en n’ayant pas peur des mots) pour l’employeur Googlidéal.

psychologiegoogler Psychologie dune Marque Employeur : le Paradoxe Google

Pour les étudiants français, Les employés de Google sont un groupe de référence. Autrement dit, ils peuvent utiliser ce groupe de salariés comme base de comparaison pour leur auto-estimation. D’après le psychologue Sherif (1956) « les groupes de référence sont les groupes auxquels l’individu se rattache personnellement en tant que membre actuel ou auxquels il aspire à se rattacher psychologiquement ; ou en d’autres termes auxquels il s’identifie ou désire s’identifier »

De plus, d’après L. Festinger (psychologue social archi-connu ; 1971) « plus un groupe exerce de l’attraction pour les individus, plus ceux-ci le considèrent comme un pôle de comparaison important… »

Les googleurs forment donc un groupe de référence dont l’influence est particulièrement puissante sur les étudiants français :

  • En fournissant des repères de comparaison pour leur évaluation ;
  • En proposant des normes et des modèles qui influencent leurs opinions et leurs attitudes.

En effet, Les individus ont tendance à adhérer aux normes des groupes importants pour eux, de leurs groupes de référence. Pourquoi ? Par besoin d’appartenance. On se rapproche de ceux qui sont proches de nous et on les utilise pour se comparer, pour réduire l’anxiété de notre condition sociale. Parce que l’appartenance groupale participe à la définition de soi qu’élabore l’individu, à son identité sociale. D’ailleurs, les informations concernant nos groupes de références sont faciles à remémorer (Johnson et al., 2002).

Wait, what ?

Cela veut dire que plus vous vous rappelez facilement et rapidement la liste d’avantages cités en début d’article, plus il y a de chances pour que vous souhaitiez appartenir au groupe des employés de Google, et donc que ce groupe soit pour vous un groupe de référence.

Faites le test ! Si vous vous rappelez d’au moins 7 des 14 avantages cités, alors Google vous attire (et vous détestez la couleur orange)…

Un groupe de référence qui ne rend pas service à Google (ni à nous !)

D’une part, commençons par compléter la citation de Festinger (1971) : « plus un groupe exerce de l’attraction pour les individus, plus ceux-ci le considèrent comme un pôle de comparaison important…

… Et alors, à l’intérieur de ce groupe, les pressions vers l’uniformité seront d’autant plus fortes puisque chacun juge la validité de ses opinions au fait qu’elles sont partagées par les autres »

Les employés sont donc OBLIGES (par pression de leur groupe d’appartenance sur eux-mêmes) d’être contents de travailler pour Google et d’apprécier les avantages que cela suppose. D’ailleurs, que se passe-t-il quand un employé décide de créer un blog et de critiquer ses avantages de googleur ? Et bien il perd sa place.

Or donc, pour Google il faut que les employés restent créatifs (1 jour sur 5 consacré à leurs projets personnels) mais dans un environnement qui pousse à l’uniformité, y a-t-il vraiment une place pour une remise en cause du modèle ? La liberté de créer chez Google semble rester définitivement sous contrôle.

image conformisme1 300x207 Psychologie dune Marque Employeur : le Paradoxe Google

Plus nous voulons travailler chez Google, et plus ses employés perdent le contrôle de leur créativité. L’attraction de la marque employeur** Google crée de la pression à l’uniformité au sein même de la firme. Plus Google sera perçue positivement de l’extérieur et plus la créativité deviendra un mirage pour les googleurs.

D’autre part, si tout le monde souhaite travailler chez Google, alors cela a aussi un effet néfaste sur tous les postulants aux postes du géant du web.

Je m’explique, pour être engagé chez Google, il faut avoir la googlittude. Il faut être dans un état d’esprit particulier et adhérer (inconsciemment ?) aux normes et aux valeurs prônées par la firme de Mountain View.

Pour être plus clair, et une fois n’est pas coutume, je vais prendre un exemple fictif appliqué sur moi-même :

Si être pris au département marketing de Google est mon souhait le plus profond, je vais tout d’abord me renseigner sur les valeurs de Google, et essayer d’adopter la Googlittude. Je vais adhérer aux normes du groupe important pour moi, du groupe de référence formé par les googleurs. Mais si malgré tous mes efforts et mon auto-brainwashing je ne suis pas pris chez Google, je vais détester l’homme que j’ai échoué à devenir, me marginaliser par rapport à mon groupe d’appartenance qui ne me ressemble plus et éprouver ce que K. Lewin a appelé « la haine de soi ».

Bon, sans aller aussi loin que cela, on peut facilement imaginer la détresse dans laquelle se trouve un individu qui souhaite plus que tout intégrer les googleurs et se voit finalement refuser sa consécration.

 A trop attirer de candidats, la marque employeur de Google peut aussi avoir un effet néfaste sur ces derniers, ce qui n’est sans doute pas le souhait de ses responsables RH…

Ce qu’il faut retenir au niveau de la marque employeur…

  • L’attraction qu’une entreprise crée vers ses futurs-employés potentiels doit être adaptée aux réels besoins de l’entreprise en termes de ressources humaines.

Je ne résiste pas à étayer cette phrase par les chiffres sur lesquels Google communique (trop ?) : « Le site emploi de Google France propose moins de 50 offres d’emploi (en juin 2011). Une broutille au regard du nombre de candidatures adressées au géant du Web (1 million de CV par an dans le monde) ». (source)

  • La créativité des employés de Google peut être largement freinée par la pression interne vers l’uniformisation de la pensée et des pratiques, due à la trop forte attractivité de la marque employeur.
  • Trop communiquer en externe sur la marque employeur de Google peut avoir un effet contre-productif.  Une communication portée vers l’interne et extrêmement ciblée en externe, voir pro-active, pourrait être une solution adaptée au cas du géant du web.
  • Dans l’état actuel du marché du travail occidental, Google a intérêt à privilégier le recrutement de très hauts potentiels et d’envisager la googlittude comme quelque chose qui s’acquière sur la durée alors que l’employé est déjà au service de la firme, et non comme une caractéristique presque innée que seuls certains élus auraient et qui mériteraient ainsi d’entrer dans la famille.

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Pour conclure, je dirai que Google tire l’efficience de son modèle du fait qu’elle est un micro-cosmos et que ses employés peuvent ainsi être privilégiés par rapport à la grande majorité du reste des salariés du monde occidental. C’est tout le paradoxe d’une marque employeur très attractive qui ne prend pas conscience des effets néfastes que cela implique en interne comme en externe. Enfin, en y réfléchissant bien, si Google était un Etat elle serait plus proche de la Chine autoritaire que d’un Etat démocratique occidental, non ?

 Et vous, aimeriez-vous travailler chez Google ? ;)

 

*comparaison sociale : Par ce terme est désignée la tendance de l’individu à évaluer la validité de ses opinions et aptitudes en les comparant à celles d’autrui. La théorie, élaborée par L. Festinger en 1954, postule que cette tendance : (1) se manifeste en l’absence de critères de référence objectifs; (2) conduit l’individu à éviter de s’exposer à ce qui va à l’encontre de ce qu’il pense ou réduire la dissemblance. (Doron R., et Parot  F, 2007. Dictionnaire de Psychologie. Paris, Puf.)

**marque employeur : La marque employeur est un terme utilisé pour désigner l’ensemble des problématiques d’image d’une marque à l’égard de la cible des employés ou salariés potentiels. (source)

 

Pour aller plus loin, Mes autres sources…

  • Festinger, L. (1971). Théorie des processus de comparaison sociale. In C. Faucheux et S. Moscovici (éd.), Psychologie sociale théorique et expérimentale. Paris/La Haye, Mouton.
  • Sherif, M. (1956). An Outline of Social Psychology. New York, Harper & Brothers.
  • Johnson, C., Gadon, O., Carlson, D., Southwick, S., Faith, M., & Chalfin, J. (2002). Self-reference and group membership: evidence for a group-reference effect. European Journal of Social Psychology. 32, 2, pp 261-274.
  • Aebischer, V., & Oberlé, D. (2007). Le groupe en psychologie sociale. Paris: Dunod.


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